Arnaques et tromperies autour du miel

Arnaques et tromperies autour du miel

Arnaques et tromperies autour du miel  



Le miel étant un produit très vendu en France et à l’étranger, ce marché juteux a attiré de nombreux grossistes et revendeurs souvent peu scrupuleux à l’égard de leur clientèle. Sans parler des sites internet qui revendent leurs faux miels, sans être inquiétés de quoi que ce soit.

Les consommateurs sont les premières victimes de ces tromperies à grande échelle, les revendeurs profitant de leur naïveté et du manque d’information pour les duper. Quant aux apiculteurs honnêtes, ils sont aussi victimes de ces fraudes qui sont purement et simplement de la concurrence déloyale envers eux et leur travail.

Une étude réalisée par l’Union Européenne en 2015 démontre que sur 2000 échantillons de miels testés, plus d’un tiers est non conforme ou fortement suspecté de ne pas l’être.

Ce n’est pas tout… Une enquête officielle commandée et payée par FranceAgrimer (Etablissement National des produits de l’agriculture et de la mer) révèle que « 47% des miels proposés aux consommateurs en vente directe sont de la fraude à l’importation (4 500 tonnes sur 9 550) ». Ces chiffres et ces données sont alarmants et nous sommes en droit de nous demander comment cela est-il possible ?!

Un joli papier blanc avec un tampon officiel n’est pas toujours gage de sureté, et c’est ce que nous montre plusieurs enquêtes concernant les fameuses « analyses polliniques ». Bien sur, elles ne peuvent encore moins garantir la bonne foi des vendeurs de miels… mais cachent au contraire bien souvent des tromperies volontaires !  

Nous allons essayer de faire la lumière sur quelques pratiques peu scrupuleuses et de comprendre comment certains revendeurs s’y prennent pour duper les consommateurs, en nous appuyant notamment sur les explications de Mr Schweitzer Paul, directeur de la CETAM (Centre d’Etudes Techniques Apicole de Moselle). Nous essaierons de montrer quelles sont les véritables critères pour qu’un miel soit de qualité, et quelles solutions s’offrent à nous.



Quelles sont les principales arnaques rencontrées ?

Il existe plusieurs arnaques en ce qui concerne la vente de miel :

Dans un reportage consacré aux fraudes courantes du miel, le Directeur et chargé de recherche au CETAM, Paul Schweitzer, qui est aussi apiculteur, nous explique notamment de quelle manière les produits étrangers sont difficilement identifiés lors de contrôle.

1. L’origine douteuse des miels :

Le professeur Schweitzer analyse 15 marques de miels 1er prix vendus en Supermarché ; le but étant de vérifier si le miel n’a pas subit de traitement thermique trop important, et de vérifier aussi l’origine du miel.

Le pollen analysé est sans aucun doute du théier que l’on trouve uniquement en Chine. Le miel est donc d’origine chinoise, mais paradoxalement, il n’est stipulé à aucun moment sur l’étiquette produit que l’on est face à un miel qui vient de Chine.

Les industriels ont une astuce simple pour brouiller les pistes : ils mélangent des miels venant de plusieurs pays et l’étiquette le mentionne ainsi « Mélange de miels originaires et non originaires de la CE ». Ceci est une pratique légale à partir du moment où 2 miels sont mélangés. Mais dans les faits, cela ne veut strictement rien dire et le consommateur ne sais absolument pas quelle est l’origine du miel. Le bilan est simple : 1 pot sur 3 de miel premier prix provient de Chine.






Comparatif d’échantillons


2. La composition frauduleuse du miel :

Mais la tromperie ne s’arrête malheureusement pas qu’à l’origine douteuse du miel ; en contrôlant la composition du miel et notamment les sucres, on se rend vite compte que le miel a été rallongé avec du sucre. Cela permet d’augmenter la quantité de « miel » sans pour autant rajouter ne serait-ce qu’un vrai gramme de miel ; les sucres ayant une valeur marchande nettement moins élevée que le miel, la marge augmente considérablement.

Une enquête a été réalisée en Chine, à l’aide d’une caméra cachée : des journalistes se font passer pour des acheteurs occidentaux. En négociant le prix, le responsable propose de rajouter un pourcentage d’eau sucrée dans le miel, ce qui fera baisser le prix à l’achat, et donc augmenter les bénéfices. Mais les arnaques ne s’arrêtent pas à ça, il est également possible de fabriquer du miel… sans miel ! Et encore plus incroyable, une fois analysé, ce miel est conforme sous tous les critères légaux ! Et ce sont des mélanges que nous retrouvons sur nos étalages en grandes surface, croyant faire une bonne affaire, alors que nous achetons un produit totalement factice !











(Explications tirées d’un document ApiServices puis schématisées)

3. Utiliser le taux de pollen comme argument de qualité :

L’une des principale tromperie est sans aucun doute celle-ci : utiliser le taux de pollen présent dans le miel pour clamer haut et fort son incroyable pureté et qualité. Or, tout ceci n’est qu’une énorme supercherie ! Le taux de pollen présent dans un miel n’a ABSOLUMENT rien à voir avec le miel lui-même.Peut être , les vendeurs ne le savent pas et ne font que véhiculer des idées reçues .

Mais comment appuient-ils leurs dires ?

Ils se servent des analyses polliniques réalisées en laboratoire comme argument de bonne qualité et de pureté monofloral de leur miel.  

Nous pouvons lire sur le site officiel du CETAM :

« Certains apiculteurs ne demandent qu’une analyse pollinique. Une analyse pollinique n’est jamais une analyse de la composition d’un miel. Il s’agit simplement des pollens présents dans un miel qui proviennent aussi bien du nectar récolté par les abeilles que du pollen récolté comme tel à l’état de pelotes […] ».

Ce point méritant d’être développé, nous allons commencer une explication plus approfondit ci-dessous.



Des analyses officielles : de la poudre aux yeux  



Une analyse pollinique est une analyse des pollens d’un miel qui sert à connaitre l’origine botanique et géographique d’un miel.

« Une analyse pollinique n’est pas faite pour déterminer la composition d’un miel. C’est une empreinte pollinique de la ruche qui donne, dans une certaine mesure, des informations sur l’origine botanique et géographique des miels mais également sur le travail de l’apiculteur […] ». (Paul Schweitzer)

L’erreur repose donc sur ces analyses : juger le pourcentage monofloral d’un miel en se basant sur son pourcentage de pollen et ainsi prétendre que ce pourcentage présent dans le miel garantit un produit pur et de haute qualité. Or, le pollen n’a absolument rien à voir dans la fabrication du miel ; une abeille utilise le nectar pour fabriquer le miel et non le pollen. Ce dernier est utilisé par les abeilles comme une protéine utile à leur développement et à celui des larves.

Mais alors, pourquoi y a t’il du pollen dans le miel ?

Voici plusieurs schémas possibles pour que du pollen soit mélangé au miel :

-  Une abeille peut récolter sur une plante uniquement son nectar et aller chercher du pollen sur une autre fleur. On peut donc avoir un miel de thym qui a un important taux de pollen de lavande, sans pour autant qu’il y ai un seul gramme de miel de lavande dedans ;

  • Une contamination par des pollens affectés par des pollutions dites primaires (actions mécaniques des insectes, vent…) ;

  • Des pollutions secondaires lors du transfert du nectar d’une abeille à une autre ;

  • Des pollutions tertiaires durant les opérations d’extraction du miel ;

  • Des pollutions quaternaires causée par le pollen présent dans l’atmosphère.

Le directeur de la CETAM nous éclaire : « Des miels de sapins d’une grande pureté monospécifique confirmée par de la physico-chimie de l’analyse sensorielle contiennent quelques fois 90% de pollen de colza et beaucoup de miels de lavande contiennent du pollen de châtaignier. L’extraction du moindre cadre contenant du pollen en pelotes introduira de grandes quantités de pollen dans les miels ! Dans les nombreuses régions où l’on cultive le colza, certains miels de robinier faux-acacia d’une grande pureté monofloral confirmée par de la physico-chimie (profil des sucres en particulier) peuvent contenir quelques fois plus de 80% de pollen de colza alors qu’ils ne contiennent, en réalité, pas de miel de colza du tout !

Ils commandent une analyse « standard » pour 60€ et se servent des résultats comme « laisser passer ».



Tarification des différentes analyses (CETAM)

Il faut savoir que ces analyses standards réalisées en laboratoire sont destinées à l’apiculteur afin qu’il puisse rédiger une fiche produit plus complète de son miel à l’attention du consommateur. Mais ces analyses ne peuvent pas prouver que le miel n’a pas été modifié volontairement de façon à tromper le consommateur.

L’un des tests réalisé dans le cadre d’une analyse standard de miel est le fait de rechercher des signes d’adultération, mais même si le résultat est nul, il est précisé dans ce genre de test que  : « L’absence ne signifie pas qu’il n’y a pas d’adultération. La présence implique la recherche d’adultération par d’autres méthodes ».

L’analyse des pollens d’un miel donne des indices sur l’origine du miel mais il est nécéssaire d’utiliser d’autres indices pour donner catégoriquement l’origine d’un miel.

Ces documents ne prouvent donc en aucun cas que le miel n’a pas subit de rajout ou autre modification et ne sont donc pas gages de sureté. Pour arriver à trouver une quelconque fraude, il faudrait entreprendre d’autres analyses, mais celles-ci ne sont pas à la charge du vendeur mais bien à celle de l’acheteur. Et il faut savoir qu’une analyse en laboratoire dans le cadre d’une détection de fraude a un coût : jusqu’à plus de 400€ !



Le miel de jujubier : un miel à part

Le miel de jujubier, aussi connu sous le nom de Miel de Sidr maliky, est un miel très prisé de part sa rareté et ses bienfaits extraordinaires, il est de ce fait très couteux. De nombreux revendeurs se sont intéressés à ce miel recherché mais malheureusement, beaucoup de fraudes circulent actuellement.

Nous avons interrogé Mr Schweitzer au sujet du miel de jujubier, voici cet échange :

Question : « Bonjour, nous commercialisons du miel de jujubier du Yemen depuis quelques années maintenant, et malgré le fait que nous choisissons des miels de haute qualité, nous nous retrouvons assez souvent dans l’embarras face aux résultats de nos analyses.

En effet, dans l’esprit de nos clients, le taux de pollen de « jujubier » dans le résultat d’analyse constitue LE critère de qualité du miel et surtout, est l’indicateur, pour eux, du miel qu’ils achètent. […]

N’existe t-il pas une analyse ou un critère d’analyse qui permettrait de connaitre de manière précise la composition du miel […] ? C’est à dire un critère qui permettrait de déterminer que notre miel est un miel de jujubier à X pour-cent de fleurs de jujubier ? »

Réponse : […] En ce qui concerne le jujubier, c’est très facile car ce miel a une particularité presque unique dans le domaine des miels. Il n’est pas acide mais quasi neutre à basique quand il est très pur (au sens monofloral). Or, vos deux miels ont un pH très élevé - 7,37 et 6,94 - ce qui est exceptionnel et est un indice de miel quasiment à 100% jujubier (malgré l’analyse pollinique). Nous n’acceptons pas comme miel de jujubier des miels qui ont des pH inférieurs à 5. […]

Les caractères les plus caractéristiques des miels de jujubiers sont :

  • Une faible teneur en eau : < 14%, pas plus de 15%

  • Un pH très élevé : supérieur à 6 voir 7

  • Une conductivité électrique élevée

A partir du moment où un miel possède ces critères, il est considéré comme monofloral et est largement dominant en jujubier. Il est impossible de donner un pourcentage précis mais quand le pH est proche de 7, c’est quasiment du 100%. »



Nous comprenons donc ici dans la réponse du directeur de la CETAM qu’il existe beaucoup de facteurs pour déterminer la composition et la pureté d’un miel, sachant qu’un miel n’est jamais à 100% monofloral. Paul Schweitzer précise : « Il faut obligatoirement les analyses suivantes pour l’appellation « jujubier » : pollinique qualitative, sucres, la conductivité électrique et acidimétrie (pH) ».

Il faut donc être très vigilant avec les vendeurs de miel qui précisent que leur miel est à « 97% de jujubier » alors qu’ils ne contiennent que du pollen de jujubier, mais pas de miel de jujubier !

Paul Schweitzer dit : « En apiculture comme souvent ailleurs, certaines idées reçues ont la vie dure. Dans le domaine des analyses des miels, s’il est un mythe qu’il faut absolument abattre, c’est celui d’un lien étroit entre une analyse pollinique et la composition florale d’un miel. Cette croyance, entretenue même par certains scientifiques, comme quoi il existe un rapport direct entre le profil pollinique d’un miel, avec ou sans coefficients de pondération, est une calamité pour les laboratoires. Non seulement une analyse pollinique n’a le plus souvent qu’une très lointaine corrélation avec l’origine d’un miel, mais il n’existe à l’heure actuelle aucun moyen pour en connaître l’origine florale précise. »

Il faut donc absolument éradiquer cette fausse croyance qui existe entre une analyse pollinique ET la composition d’un miel !



Exemple d’un rapport d’analyses pour un miel de jujubier (CETAM)



Quelles solutions pour le consommateur ?

Selon le journal « L’OBS », la loi française prévoit à partir du 1er Septembre 2019 un amendement qui rendrait obligatoire pour les distributeurs de miel d’indiquer le ou les pays d’origine. Si cette solution n’est pas la résolution ultime du problème, elle permettrait tout de même au consommateur d’y voir un peu plus clair. Le fait de voir inscrit sur l’étiquette « origine Chine ou Espagne » pourrait déjà mettre la puce à l’oreille au client.

Mais, même si cette nouvelle règlementation entre en vigueur, il est dans notre intérêt à tous, en tant que consommateurs, d’être vigilants envers les produits que nous achetons. Tout d’abord, il faut se renseigner, puis, privilégier de préférence les commerçants qui travaillent avec de véritables apiculteurs soucieux du bien être de leurs clients mais aussi de leurs abeilles !

Gardons en mémoire qu’un prix élevé et une analyse pollinique ne signifient pas forcément que nous sommes face à un produit de haute qualité, exigeons plus d’informations !

Dans le cas précisément du miel de jujubier, et comme nous l’explique le directeur du CETAM, il est primordial de s’intéresser au pH pour connaitre sa pureté.

Réagissons et informons-nous pour ne plus être victimes de ces arnaques !

                     

Sources :

https://www.nouvelobs.com/planete/20180601.OBS7589/vous-pourrez-bientot-reperer-le-faux-miel-voila-comment.html

https://www.apiservices.biz/fr/spmf#fraude

https://docs.google.com/viewerng/viewer?url=https://www.apiservices.biz/documents/articles-fr/dossier_falsification_miel.pdf&hl=fr

http://www.des-abeilles-dans-mon-jardin.com/2017/02/les-analyses-un-faux-argument-commercial.html













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